Articles et chroniques

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Ainsi va la vie... épisode n° 52 ... Lettres et correspondance..

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Vous rappelez-vous du temps où l’on écrivait des lettres ?

 


Non ? Alors je dois être plus vieux que je ne le pensais. Vous si ? Ouf ! tant mieux sinon mon texte ne s’adressait à personne.

 

Les lettres Fascinent par leur caractère intime et authentique. Elles sont la preuve   de sentiments et de ressentis dans une période donnée. Aurions-nous écrit la même chose dans d'autres circonstances? Aurions-nous osé nous dévoiler autant que par écrit? 

 

Ces lettres où nos cœurs enflés par les larmes ou l'absence gardaient dans la retenue tout ce que l'on aurait voulu que l'autre  devine en lisant  entre l'encre et le papier...

 

En ce temps-là j’avais un mal fou à écrire bien droit, bien horizontalement sur ces feuilles blanches bleues ou roses dépourvues de lignes bleues pales comme sur les cahiers d’écolier. En première ou dernière page du bloc de papier à lettres une feuille spéciale sur laquelle apparaissaient des lignes-guides permettait par transparence de ne pas partir à la dérive. Mais allez savoir pourquoi cette sacrée page striée disparaissait toujours du bloc, mystère.

 

Avant que le feutre à pointe fine, ou l’extraordinaire pointe nylon ne fasse son apparition, certainement  à cause de mon allergie au stylo à bille j’écrivais à la plume et ca m'arrive encore. Etait-ce par nostalgie de la plume sergent major et des encriers de l’école primaire qui nous tachait les doigts et maculait nos buvards, ou par gout pour la calligraphie ? Qu’importe, mais j’ai toujours trouvé qu’une écriture exécutée avec soin, à la plume, dégageait une forme d’élégance et un respect de l’autre.

 

Je m’appliquais aussi pour que le tracé des mots, des lignes et des paragraphes soient clairs, parfaitement lisibles et même assez jolis par la forme des lettres et l’appui sur les pleins et les déliés. Pourquoi autant de soin dans le détail ? Peut-être qu'inconsciemment ne recevant que peu de courrier, lorsque la boite à lettres familiale  m’offrait une enveloppe libellée à mon nom  renfermant ce petit rectangle de papier magique  couvert de  mots uniquement pour moi je le vivais comme un cadeau. Un cadeau qui, même avant d’en connaître l’expéditeur ou le contenu, me remplissait de joie. Il est donc possible que; persuadé depuis l’enfance que ceux à qui j’écrivais ressentaient la même émotion, autant que mon petit cadeau leur soit agréable et plaisant. Et ce qui relevait d’un brin d'effort et d’un soupçon de travail  au fil du temps devint naturel.

 

JDSC01014.JPGe n’ai jamais écrit une lettre directement ni à l’époque et encore moins aujourd’hui même si la spontanéité peut en pâtir. Ecrire d’abord un brouillon, y apporter toutes les corrections autant sur le fond, la forme, que l’orthographe avant de recopier au propre m’a toujours semblé un minimum. Les ratures, les renvois, les gribouillis, les pâtés… en plus de  trahir nos hésitations et tant d’autres choses sur nos personnalités apparentes ou secrètes ne sont pas d’un grand esthétisme.

 

 

Si offrir des fleurs des champs emballées à la va vite dans un papier journal peut dégager un parfum de sympathie,  de fraicheur ou de jeunesse dans une situation provisoire,  il n’en va pas de même si vous offrez des orchidées ou des roses rouges.

 

Par curiosité j’avais demandé à une amie, psycho et  graphologue d’analyser mon écriture sans lui cacher que ; si elle était devenue naturelle au fil des années son graphisme n’avait rien de spontanée du moins au début.

 

Et là, c’est comme l’horoscope; quand il est mauvais on se dit que c’est des conneries et quand il est bon on y croit … au moins quelques heures. Et là, son analyse fut assez bonne et même, ne prenez pas ça pour de l’orgueil mal placé, plutôt flatteuse. Quoique conscient que son  compte-rendu amical et gratuit dépassait largement le cadre strict du dessin de mes mots. Je pouvais donc avec la bénédiction d’un maître en la matière, très jolie par ailleurs, poursuivre sans risque d’enfermement, ma manière d’écrire telle que je l’avais toujours fait.

  

Je reconnais que l’usage des mails, des textos et toute cette panoplie mise à notre disposition pour communiquer en un temps record par le biais de nos ordis a de nombreux avantages. Mais sans être rétrograde; une lettre reste une lettre. Et selon ce que l’on cherche à exprimer ne vaut-il pas mieux prendre le temps de la réflexion et y rajouter une lueur de poésie ?

 

Les lettres qui vous marquent à jamais. On dit que la mémoire des enfants ne commence vraiment que vers l'âge de six ans pourtant je me souviens de ces lettres, que je recevais alors que j'étais en pension dans cette belle région de Savoie, très loin de chez moi à tout juste cinq ans.

 

Un an auparavant  j'avais été victime d'un grave accident de la circulation . Echappant à la vigilance d'une petite fille  sensée me surveiller pendant que je jouais sur la place publique de mon quartier je traversais en courant le route qui bordait la dite place et une moto me percuta de plein fouet. Traumatisme crânien, quelques blessures superficielles mais coma profond. Quand je me suis réveillé de ce long sommeil, j'étais encore un petit garçon; mais plus un enfant.

 

Quelques temps plus tard, sous prétexte de me refaire une santé, mes parents  me placèrent en maison de repos. Etrange maison de repos qui ressemblait plus a un pensionnat avec ses règles  strictes presque militaires; levé très tôt, lit au carré, discipline de fer. Je ne sais pas combien de mois j'y  ai séjourné mais je peux définir avec précision mon âge puisque je revint chez moi à la fin de l'été qui précéda  mon entrée au cours préparatoire que j'effectuerai à l'école des Trois Quartiers à Toulon dans la classe de madame Marron, une institutrice comme il n'en existe plus je l'espère, et que je ne souhaite a personne plus proche de la méchante sorcière que de la fée du tableau noir. 

 

A cinq ans, seul dans cette pension-maison de repos, les semaines  sans nouvelles me parurent des mois puis les mois  des années. Mes parents très jeunes dix neuf et vingt et un ans m'avaient bien envoyé un colis  pour Noel et prenaient certainement des nouvelles  sur l'état de santé de leur fils mais ne pensaient pas à m'écrire. En ce temps d'un autre siècle où l'école  maternelle n'était en fait qu'une garderie améliorée on ne nous y enseignait pas vraiment les rudiments de la langue écrite;  je ne savais donc pas lire.

 

Tous mes petits camarades, tous plus grands et plus âgés, recevaient du courrier; pas moi. Jusqu'au jour où une des surveillantes, que nous appelions cheftaines, consciente de ce manque, à la fin de la distribution quotidienne  m'annonça que j'avais reçu une lettre et faute de pouvoir la décrypter tout seul elle me la lut.

 

Si je ne savais pas lire je connaissait l'écriture de mon père ou de ma mère, leur façon de parler, le rythme et la musique de leurs mots. A plusieurs reprises,  je me souviens lui avoir demandé si elle était sûre que cette lettre venait bien de chez moi? question à laquelle elle répondit positivement.  J'avais tellement envie d'y croire que j'y cru. Jusqu'au jour où, après plusieurs autres lettres, je lui demanderai pourquoi mes parents  ne me donnait jamais de nouvelles de mon grand-père. Et là, ho surprise, je me souviens encore de ce sourire qui illumina son regard bleu.

- Mais ton grand-père a rajouté un petit mot me dit dit-elle.

- Un petit mot?

- Oui!

Et elle me lut ce joli petit mot émanant de  mon grand-père en insistant sur le fait qu'il l'avait écrit lui-même. J'aurais voulu lui dire tout ce que je savais et qu'elle ignorait, j'aurais voulu lui dire combien je la trouvais gentille et attentionnée, combien à travers sa douceur et son infinie féminité l'envie de  me blottir  dans ses bras et de l'appeler maman me brulait les lèvres et embuait mes yeux.  J'aurais voulu,  je n'ai pas su, je n'ai pas pu.

 

Si mon grand-père savais écrire son nom et assez bien compter pour s'en sortir quand il faisait les courses, cet homme que j'ai adorais, ne savais ni lire ni écrire. Et moi, son petit fils, j'étais depuis toujours au courant du fait. Il me l'avais tant de fois répété priant pour que j'apprenne bien quand j'irais a l'école pour ne pas être comme lui et je vous passe sous silence  les qualificatifs dont il s'affublait. 

Et même si aujourd'hui je remercie cette jeune femme d' avoir permis à mon grand-père  d'écrire par procuration et d'exister pour un instant à travers une lettre imaginaire, j'avais compris à cet instant combien j'étais seul. Et les évènements qui suivront me prouveront que j'avais raison.  

 

Ma  première relation épistolaire date du collège.

    

Chaque jour, Dominique la sœur de ma petite amie qui ne fréquentait pas le même établissement scolaire  me transmettait un joli message de mon amoureuse et en contrepartie je lui remettais  ma missive à destination de sa sœur. Le tout sous le sceau du secret le plus absolu sachant ou supposant que le père de ma dulcinée n’aurait pas  vu notre correspondance d’un très bon œil.

 

Tandis que  j’écrivais sur des feuilles arrachées à des cahiers de classe, Dany me répondait sur du vrai papier à lettres allant même jusqu’à le parfumer ou y dissimuler  une mèche de cheveux. J’ai longtemps gardé ces traces du passé comme un trésor qui a chaque lecture bien des années plus tard, comme les effluves d’un parfum que l’on cherche entre mille ,faisaientt encore et toujours resurgir de superbes souvenirs. Mais aussi, pourquoi le cacher, des moments tristes à mourir dès que nous nous séparions ou que nous prenions conscience de cet amour impossible.

 

Ce n'était pas les lettres d'amour de Victor Hugo à Juliette Drouet ni celles  D'Alfred de Musset à George Sand... et nous n'étions ni Tristan et Yseult, ni Roméo et Juliette ...nous n'étions que nous; elle et moi, deux enfants sans enfance. Et notre histoire sur le fond  étaient tout aussi brulante; chargée de sentiments,  de sincèrité, de jeunesse, d'impatience  d'amour et d'espoir.

 

Nous étions juste déchirés par la rigidité des parents, les aléas  de la vie, les circonstances, l’incompréhension, la dureté d’une époque… Bref, je vous ai dit dans une autre chronique que je n’oubliais rien. Dans ce cas non seulement je n’oublie pas, mais il m’arrive encore de me projeter des séquences du film. Les images  s'y sont auréolées de flous Hamiltoniens et de lumières arrières douces et selon les plans, éblouissantes. Elles me rappellent que cette réalité est un rêve au-delà du souvenir.

 

Elle m’a probablement oublié. J'écris ça, mais je pense le contraire. Pourtant  c’est la question que l’on se pose tous et toujours. Mes lettres, qui n’étaient pas aussi jolies que les siennes ont du finir dans les flammes d’une cheminée… Les siennes à mon grand désarroi se sont perdues dans une inondation il n'y a pas si longtemps, mais pas cette photomaton en noir et blanc de son visage à 17 ans…

 

Si par la force des choses la vie a suivi son cour, si j’ai aimé autrement, différemment, passionnément, à la folie, je n’ai jamais échangé par la suite, ça peut paraitre paradoxal,  une aussi légère et profonde correspondance.

 

Ainsi va la vie...

(A suivre…) 

Williams

 

Et comme d'hab... quelques photos d'amis..

Nicola... Angela... Alix... Chantal... Michelle... Régine... Katy... Nathalie... Mélisse

 

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08/04/2017
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