Articles et chroniques

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Ainsi va la vie… épisode n°81… UN JOUR de PLUIE

 

Perez-Fabian--1967-...--3.jpgUne fois n’est pas coutume. Voulez-vous que je vous raconte une histoire ? Une histoire vraie ? Y’a des chances. Mais vais-je dire la vérité ?  Toute la vérité ? Rien que la vérité !?... Je lève la main droite et…  j’attrape mon stylo pour écrire.

 

Raconter une histoire tout en gardant un certain  mystère pour vous laisser le choix d’y coller le visage et le nom qu’il vous plaira. Je ne pourrais pas non plus  entrer dans trop de détails qui transformeraient ma chronique en  roman fleuve.  Il m’arrivera  de résumer et de prendre des diagonales  Alors en attendant, sans chercher à compenser ces manques, créons l’ambiance.

 

Si vous lisez mon texte directement sur l’écran de votre ordi ou de votre portable; isolez-vous au calme dans le silence. Si comme un certain nombre d’entre vous, je l’ai appris depuis peu, et c'est assez flatteur,  vous imprimez mes chroniques pour une meilleure ou seconde lecture; installez-vous confortablement au salon, servez-vous  un verre, baissez l’intensité de votre lampe, et à l’ abri, baigné dans  la douceur soyeuse de cette lumière tamisée  suivez ma voix au fil des mots pour finir par l’oublier et ne percevoir que des images.  Une voix que je vais essayer  de maintenir, comme l’avait si joliment décrite un journaliste; douce suave et grave… sauf qu'après ce joli compliment on ne m'a plus jamais demandé de faire de voix off  comme quoi... Bref, mettons nous dans l'ambiance  pour entrer  ensemble et dans l’univers

d’ «Un JOUR de PLUIE».

 

Samedi 9 heures. Un ciel bas et lourd, tendu comme une toile de coton grise, filtre une lumière blanche qui m’oblige à froncer paupières et sourcils. Va-t-il pleuvoir ? A peine ai-je terminé de me poser cette question déterminante pour  la suite de ma journée que de grosses gouttes lourdes et bruyantes s’écrasent sur le  parebrise de ma voiture alors que mes doigts hésitent encore à en tourner la clé de contact.

 

Je n’ai pas de rendez-vous précis. Juste la promesse de passer durant le week-end sur le stand de cet écrivain,  que j’ai ; déjà brièvement rencontrée.  Sur qui ; j’ai écrit quelques articles.  Avec qui ;  j’ai échangé des contacts épistolaires plus que  téléphoniques, quelques éclats de rires et surtout une longue correspondance via internet. C'est a la fois beaucoup et très peu, si l'on exclut le feeling et les confidences. Mais quelque chose c'est produit en tout cas de mon coté quand à la réciproque ...  

 

Ecrivain notoirement connue, elle excelle dans l’art du roman et sa plume n’a rien à envier aux maitres du genre. Elle ne souffre d’ailleurs d’aucune comparaison possible. Si l’auteur est à part, la femme l’est tout autant. Voila un mini résumé sans fioritures. En la relisant j'ai l'impression qu'il suffirait de quelques mots de plus, quelques précisions supplémentaires  pour que ca ressemble a une question de "Questions pour un champion". Ha oui!  Je sais: Ecrivain notoirement connue Bla !Bla! Bla! c'est? ... C'est?...  

 

Ce rendez-vous informel c’est aussi l’occasion de se revoir plus ou moins furtivement  entre deux dédicaces, deux questions-réponses sur son dernier roman, dans un salon du livre en plein cœur d’un petit village en lisière de Marseille, au milieu d’un florilège d’une centaine d’auteurs.

 

Mais pour l’instant… La pluie redouble. Le ciel gris clair presque aveuglant s’assombrit en quelques secondes et frôle par endroit un angoissant bleu-nuit. Il ne manque plus que les roulements sourds du tonnerre suivis de l’éclatement sec  de quelques  éclairs pour parfaire le tableau apocalyptique.

   

La pluie qui jouait des claquettes et tambourinait gentiment  sur mon capot frappe maintenant avec insistance de plus en plus fort comme si elle voulait faire exploser ma carapace protectrice et pénétrer dans l’habitacle. Mais ma vieille Citroën C5 me protège comme une forteresse inaccessible. J’adore ma vieille guimbarde. Elle n’est pas dans un état esthétique exceptionnel, son intérieur anciennement luxueux, aujourd’hui complètement désuet, se marie bien avec ce confort toujours inégalé d’une grande époque. Et puis on se connait bien.

 

Je pourrais m’en offrir une toute belle comme celles qui me font de l’œil avec leurs jolis phares en amandes. Avec leurs super lignes carrossées par des designers de haute couture. J’ai eu l’occasion d’en essayer pas mal et d’en posséder plusieurs. De magnifiques italiennes aux caractères bien trempés, de sublimes américaines aux courbes généreuses et excessives en tout, une suédoise ; spacieuse mais inconfortable, une allemande aussi froide que solide et je vous en passe.   Mais non ! Elles ont la fougue et la jeunesse des voitures neuves mais elles manquent de patine, de charme et de personnalité.... Bon ! Je ne vais pas passer une plombe à vous faire l’éloge de ma bagnole d’un autre temps alors qu’il tombe des cordes. C’est le déluge.

 

Le déluge ! Incroyable ce qu’il dégringole. Si je pars maintenant et que je croise un navire sur l’autoroute ce ne sera pas une illusion d’optique  mais bel et bien l’arche de Noé en détresse. Ne prenons pas de risques. D’ailleurs je ne peux même pas sortir pour retourner m’abriter à l’intérieur de la maison. Ou je démarre ou j’attends ?  Courageux mais pas téméraire j’attends. Ca va se calmer. Rien n’est jamais définitif dans la vie, ni les amours ni les chagrins, ni la pluie ni le beau temps.  Alors attendons que les choses s’améliorent puisque s’il est évident que ça ne peut être pire, il est évident que  ça ne peut que s’améliorer.

 

En attendant je saisis le roman que j’avais posé sur le siège passager. Par un effet de transparence l’ombre et l’auréole des gouttes  qui s’éclatent et roulent sur mon parebrise se projettent sur la couverture du livre. Eclaboussé par la lumière de ses perles de pluie, alors qu’elle sourit, le visage de mon auteur  s’imprime d’une certaine tristesse. Les gouttes roulent comme une rivière de larmes sur sa peau en papier glacé.

 

S’il pleut ici il pleut aussi à Marseille et ce salon prévu en extérieur, en extérieur protégé je présume, mais en extérieur quand même, risque d’en pâtir. Pas de chance.

 

J’ai une heure de route. Ai-je bien fait de promettre que je viendrais. Je me dis que si le public réagit comme moi il ne va pas y avoir grand monde. Dans quel état vais-je la trouver ? Humide et contrariée ? Y’a des chances.

 

On va attendre que l’orage se calme. Je me pose trop de questions inutiles puisque mauvais temps ou pas je sais que j’irai. D’abord parce qu’une promesse est une promesse et si en plus du manque de visites j’y  rajoute mon absence j’imagine son moral. Je repense à ma pensée précédente. Après réflexion, Je la trouve bien présomptueuse. Je temporise. Je donne à ma présence une importance qu’elle n’a pas. Ou peut-être pas. Le peut-être a toute son importance. Si ça se trouve elle a complètement zappé ma promesse de visite et peut-être même qu’elle s’en fout royalement que je vienne ou que je ne vienne pas? Allez savoir quelle place réelle vous tenez vraiment dans la tête des autres et je ne parle pas du cœur, allez savoir ?      

 

Tout compte fait je prendrai la route en début d’après-midi.

 

Résultat de recherche d'images pour "loui jover peintre"La chance tourne, comme toujours. Une lumière douce et un ciel bleu azur  ont remplacé la flotte et, pour couronner le tout, le soleil malicieux pour s’excuser de son retard, nous gratifie d’un superbe arc en ciel. Une heure de route en suivant le GPS de mon portable, qui me fait la gueule puisqu’il ne parle plus. Soit la dame qui habite dans la boite est aphone soit j’ai cliqué sur un bouton qu’il ne fallait pas ?  Pas grave, j’arrive à suivre en alternant la flèche et le parcours d’un œil sur l’écran et l’autre sur la route, heureusement que je ne suis pas borgne.

 

Ca y est j’y suis. Toujours les mêmes difficultés après les embouteillages et les ralentissements pour trouver une place de stationnement mais j’y parviens. Au sortir de ma voiture quelques panneaux et une énorme banderole m’indiquent le lieu du crime ; je les suis à pied.

Tout en haut d’une longue rue qui n’en finit plus je distingue les premiers toits de tentes blanches. Mon esprit vagabonde un instant et  se joue, en souriant, de cette image. J’imagine les écrivains, assis en tailleur sur des coussins brodés, cernés de tapis d’orient, signant leurs œuvres tout en dégustant un thé à la menthe versé en longs filets par des serveurs enturbannés tout droits sortis d’un conte des mille et une nuits. Mais ce n’est même pas un mirage. Je déchante vite. Il n’y a aucun chameau à l’horizon. Mamelouk, vizirs et tutti quanti ont pris leurs RTT et les Shéhérazades de services aux avantages plantureux ne bossent pas le samedi.

 

Et non ! Les tentes en ligne encore humides comme le sol protègent les auteurs sagement assis derrière leurs tables disposées en enfilade. Dans leur dos chacun a son nom et sa photo visible de l’allée centrale ce qui évite confusions et pertes de temps.

 

Le chemin perpendiculaire que j’ai suivi par hasard m’a conduit en plein milieux de cette allée unique où je découvre  autant de tables et d’auteurs sur ma droite que sur ma gauche. Sans jouer à pique et pique et colégramme  je décide de partir à droite pour retrouver… pas la peine ! Son stand est juste en face de moi, quatre pas nous séparent.

 

Elle est là, seule. Non erreur ! Accompagnée d’une aide de camps qui comptabilise les ventes. Elle est là, assise puis debout pour répondre à  d’hypothétiques lecteurs et pour l’instant d’éventuels acheteurs. Elle se rassoit et signe le livre qu’ils ont choisi parmi les quatre titres qu’elle présente. Toujours le sourire. Je ne m’approche pas. Au contraire je reste en retrait dissimulé de moitié par un panneau publicitaire. Je l’observe. Elle ne porte pas comme à son habitude le moindre bijou sauf un bracelet, pas même ses longues boucles d’oreille noires. Elle a gardé son long imperméable bleu sur un fin pull en laine à col rond. La séance du matin sous la pluie, avec certainement peu de visiteurs, a rafraichi l’atmosphère. Elle est souriante mais je la sens tendue. Le couple récupère son achat dédicacé et s’éloigne tandis que deux dames feuillettent deux romans différents et l’interpelle.

 

Je m’extirpe de ma planque, retire mon chapeau et mes lunettes qui me rendent repérable à un kilomètre. Presque incognito je pars sur la droite pour passer en revue cette longue et superbe brochette d’écrivains. J’en connais quelques-uns, beaucoup à vrai dire. Une seule crainte m’angoisse ; que certains m’abordent. Que je  les aime bien, beaucoup ou pas du tout, je ne suis pas venu pour eux et ça risque d’être gênant. Evidement ce que je craignais m’arrive. Un auteur que je connais peu m’alpague, m’exprime tout son plaisir de me revoir et m’invite à le rejoindre plus tard si j’en ai le temps. Je suis confus. Je laisse survivre poliment un infime espoir de revenir vers lui en espérant ne pas l’avoir trop déçu.

 

Je refais le chemin à l’envers. Il n’y a pas foule mais on dirait qu’avec le soleil ils arrivent. Je suis revenu à mon point de départ. Les visiteuses de tout à l’heure ont libéré le devant de son stand et son sourire s’est envolé avec elles. Je sens que son esprit est ailleurs.

 

Aller,  j’y vais. Je remets mon chapeau et je m’approche.

Le visage baissé elle s’affaire. Je contourne sa table et son aide de camps. Elle soulève lentement son regard…

Waouh ! Bouche bée ses yeux s’écarquillent, son sourire illumine son visage. Elle me tend d’abord la main. Une toute petite main qui disparait dans la mienne avant d’écarter les bras comme si, mal à l’aise, à travers une moue malicieuse elle s’excusait pour ce premier bonjour trop distant et m’embrasse.

 

Son sourire n’a rien à voir avec celui qu’elle distribuait il y a encore quelques minutes. Elle m’interroge sur la distance et le temps que j’aiwilliams dans les nuages - Copie.JPG mis pour venir la rejoindre puis s’excuse de m’abandonner quelques secondes pour répondre à une ou deux questions, mais inconsciemment ou pas, sa main n’a pas lâché mon bras. Elle accepte de poser pour une photo avec des admirateurs. je me suis reculé elle me cherche du coin de l’œil. Entre deux nous parlons ou plutôt elle parle de tout de rien de sa maison qu’elle fait rénover et tapote sur son smartphone pour me montrer des photos. C’est superbe.

 

Le temps est passé très vite, trop vite.  Il faut que je m’en aille mais ses : « Attend ! Attend ! Faut que je te montre quelque chose » m’obligent à rester encore et encore. A vrai dire elle ne m’oblige à rien sauf à regretter la phrase du matin où j’ai pu penser qu’elle se foutait peut-être royalement de ma visite.

 

Je regarde ses petits doigts taper méticuleusement sur son clavier et en arrière-plan, pour ne pas la dévisager, son visage. En plus d’être particulièrement jolie elle dégage quelque chose d’indéfinissable qui dépasse le charme.

 

Ce matin à 9 heures il pleuvait et la journée s’annonçait triste. Ce soir à 20 heures alors qu’en cette saison la nuit aurait dû laisser tomber son grand rideau noir, en fermant les yeux un soleil chaud et doux diffuse une chaleur à me brunir la peau.

Ainsi va la vie

 

(A suivre…)

 

Williams Franceschi

 

Conseils de la semaine:

 

Toujours le roman d' Evelyne Dress qui est un vrai petit bijoux sur l'amour et la passion ......  et le recueil de nouvelles de Maryline Martin  15 formidables histoires de femmes 

 

 

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14/10/2017
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