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Ainsi va la vie... épisode n° 24.. Le quartier de mon enfance

img034.jpgDimanche 4h40 une douleur lancinante  dans l’épaule gauche  perturbe mon sommeil au point que faute de trouver une position idéale dans le lit,  après avoir pris des médicaments qui tardent à faire effet, j’ai décidé de me lever et de recopier le texte que j’avais jeté  au stylo sur des feuilles volantes hier en fin d’après-midi. Sauf que je suis en train de réapprendre à taper d’une main parce que dès que je sollicite la main gauche et que je bouge l’avant-bras les douleurs s’intensifient…  Pas fastoche cette histoire…

 

…Dimanche 10h30. Le soleil est déjà haut dans un ciel d’un bleu limpide et inimitable. J’ai dormi dans le canapé et ce matin, les remèdes de cheval agissant enfin, les douleurs sont plus supportables. Demain j’irai consulter. En attendant je reprends la retranscription de mon texte.

A l’avenir, faute de temps, et j’en suis désolé, il est possible que notre petit rendez-vous du Dimanche : « Ainsi va la vie »  soit moins régulier. J’en suis désolé parce que vous êtes nombreux à suivre ce petit feuilleton et encore plus nombreux lorsque j’aborde des sujets intimes et personnels. Pour preuve vous êtes trois fois plus  à cliquer sur le lien qui vous renvoie vers mon blog lorsque j’y pose une photo personnelle que lorsque je l’agrémente d’une simple image paysage ou autre a titre d’illustration. C’est surprenant parce même si,  comme me le précisent certains amis proches j’ai vécu cent vies en une je ne suis qu’un modeste auteur et surtout un illustre inconnu du grand public. A croire que mes souvenirs ressemblent aux vôtres ou qu’au contraire mon parcours atypique chargé de belles rencontres vous fascine. En tous cas merci !

 

Vendredi je suis allé rendre visite à mon père et qu’importe si a 80 printemps les sujets de discussion tournent le plus souvent  autour des petits bobos et des rendez-vous médicaux qui jalonnent  ses semaines. L’important, en dehors d’être ensemble pour quelques heures, c’est qu’il continue à bricoler, à entretenir à son rythme la propriété, et surtout à lire des revues scientifiques pour m’expliquer, développer et traduire en détails comme il l’a toujours fait, les bienfaits ou les avancées de telle ou telle application ou découverte. Il fait marcher la boite à neurones et ça c’est très bon et ça me rassure.

 

Parti trop tôt de chez moi, en arrivant à Toulon je décidais de bruler mon avance en faisant un détour par le quartier de ma jeunesse : La Loubière. Je me  garais près du portail d’entrée de l’école maternelle. La petite cour me parut plus petite encore que dans mes souvenirs et sans fermer les yeux j’aurais pu visualiser le visage de quelques maîtresses dont le nom d’une seule m’est revenu à l’esprit: Madame Montagné. Ensuite inévitablement à une centaine de mètres je me suis arrêté devant la porte du n°7. Sans l’ouvrir j’aurais pu vous décrire l’intérieur dans les menus détails. Le hall, le recoin à poubelle, les boites à lettres et cette rampe sur laquelle je glissais à califourchon depuis le premier étage en sautant à l’arriver pour éviter de percuter la boule de démarrage. J’ai revu comme s’ils y étaient encore tous ces voisins qui ont peuplés mes jeunes années. Des physiques, des voix, des gueules. Ici la discrétion n’était pas de mise; les gens parlaient haut et fort  discutaient ou se disputaient fenêtres ouvertes et tout le monde connaissait tout de tout le monde. Ca vivait. Il y a avait de la couleur dans l’air et du linge aux fenêtres c’était un peu le sud de Nino ferrer dans la Provence de  Marcel Pagnol.

 

En quittant la maison de mon enfance il m’a suffi de quelques pas pour me retrouver sur la place d’en face aujourd’hui transformée en terrain de boule, mini Park d’enfant et terrasse improvisée pour le bar. Il ne subsiste du passé et c’est normal que les platanes centenaires et les bancs ou mon grand-père venait s’assoir. Le kiosque à journaux a disparu sans compter l’énorme frigo de la STEFF qui vendait de gros blocs de glace pour alimenter les glacières et maintenir les aliments au frais. Les glacières ?… ancêtres des réfrigérateurs qui fonctionnaient sans électricité. Mais non, ce n’était pas au XIXème siècle … juste au début des années 60.

Oui les bancs où s’asseyait mon grand-père sont toujours à la même place et je le revois avec son béret basque, ses grosses lunettes, son éternelle veste de velours côtelé assis  la main rivée sur sa canne ne la lâchant que pour sortir une boite ronde de sa poche remplie de pastilles Valda. Je revois ce grand homme qui me protégeait, que j’aimais et auquel je pense souvent.

 

Le quartier de ma jeunesse est à la fois le même et tellement diffèrent. Quartier habité à l’époque en majorité de corses et d’italiens où il n’y avait pas besoin de caméras de surveillance. Tout le monde se connaissait et les enfants pouvaient jouer dans la rue sans risque.

 

La rue ! Avec ses règles et ses lois les même qui régissent nos sociétés mais les procédures  étaient plus directes, plus physiques, jamais mortelle. La rue pouvait n’être qu’une aire de jeu ou devenir un bon ou un très  mauvais tremplin… c’est un autre chapitre que j’aborderai peut-être une autre fois.

 

Avant de reprendre la route je me suis arrêté dans l’angle de la place avec deux perspectives qui en se rejoignant ne formant qu’une seule ligne ; à ma droite la porte de ma maison à ma gauche la diagonale de la place. Je me suis accroupi et je me suis souvenu…  souvenu de ce petit garçon exactement au même endroit exactement dans la même position il avait juste  cinq ans et demi. Sa mère est sortie du numéro 7, l’a frôlé ; certainement sans le voir alors il s’est redressé. Elle a traversé la place en suivant cette diagonale sans jamais se retourner. Quand elle est passée près de lui il a eu envie de lui crier : « Maman ! Maman où tu vas ? » Elle s’est éloignée il n’a pas crié..il n'a rien dit. Il savait.. il savait qu’elle ne reviendrait jamais.

 

55 ans plus tard il se souvient encore de cette image ; elle marche de dos

Le trou béant de son absence ne s’est jamais refermé. Il l’a regrettée, haïe, détestée… Elle lui a toujours manqué, il n’a jamais cessé de l’aimer…

 

Ainsi va la vie 

 

Williams  

          

     

   



07/08/2016
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