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Ainsi va la vie ...Episode n°78...La RENTREE ...les années lycée

liste_Des-romans-passerelle-entre-le-CM2-et-la-6eme_6340.gifA coté de mon école primaire le Lycée Peiresc, même vu de l'extérieur  me paraissait gigantesque. Apres avoir découvert  succinctement l'immensité des lieux et la qualité musicalement irritante de la sonnerie, à l'appel du surveillant général avec mon complice Tony, nous nous  retrouvions pour des raisons d’ordre alphabétique dans la même classe et évidement, vous vous en doutez, assis côte à côte au banc des mêmes pupitres.

 

Ce premier jour fut mémorable. Déjà le parcours puisque contrairement à ma petite école primaire de quartier, le lycée se trouve sur le boulevard de Strasbourg  principale artère  de Toulon en plein cœur de la ville à environ d’une demi-heure à pied. Que je ne mange pas à la cantine, bien trop chère, et que je vais devoir faire ce parcours quatre fois par jour.

 

L’établissement est mixte, divisé en deux. D’un côté les grands de l’autre les petits. Et à cet âge chez les petits il y a une étonnante disparité de tailles.

 

Les enfants sont cruels et ces tout petits sont  en permanence ennuyés, le mot est faible, par des grands quand ca ne devenait pas une forme sadique de harcèlement . Je n'ai pas une âme de héro mais ca m'insupportait. Ca m'insupportait à une point  tel que sans réfléchir des heures j'intervenais, le plus souvent avec Tony en soigneur au cas où, chaque fois que l'occasion se présentait et elles se présentaient, surtout en ce début d'année, presque quotidiennement.

 

Souvent  nos coups de forces passaient inaperçus aux yeux des surveillants puisque nos intervention s'arrêtaient à quelques poussons et des menaces impressionnantes parait-il qui ne donnaient  plus  envie d'y revenir.  Rarement, mais ca arrivait quand même régulièrement, un contact physique rapide et expéditif remettait les pendules à l'heure.  Mais parfois, les agresseurs agressés  se positionnaient en victimes. Situation délicate et inconfortable. Comment se défendre verbalement, devant les instances dirigeantes de cet honorable institution,   contre un abruti qui en plus d'être lâche est aussi menteur sans avoir envie de lui en mettre une deuxième couche cuisante pour confirmation. 

 

A force de me retrouver chez monsieur Luccioni le Sur-Gé, à qui j'expliquait les raisons de mes gestes et qui me comprenait puisqu'il faisait semblant de me punir pour la forme tout en  me demandant  en baissant les yeux et d'une voix murmurée d'agir dans les règles. Sauf que les règles ne fonctionnaient pas, puisque les pions n'écoutaient que ce qu'ils voulaient bien entendre et n'étaient  pas dans le feu de l'action pour juger  des attitudes insidieuses et méchantes au bon moment. 

 

Donc à  force, je finis par avoir une réputation de bagarreur. Bagarreur que je n'étais pas; puisque je ne cherchais jamais de noises à quiconque. Mais une réputation ne s'efface pas aussi facilement que ça. Et puis je vous l'avoue la réputation je m'en foutais complètement. D'ailleurs si aujourd'hui c'était a refaire je referais la même chose sans hésiter.

 

Autre différence avec l'école primaire; entre chaque cours, c’est-à-dire pratiquement toutes les heures nous changions de professeurs et de classe dans un bruit et un bordel innommable. Je ne comprends pas  pourquoi c’est nous, soit plus de trente élèves en moyenne,  qui allions attendre le prof dans la cour et le suivre et pas le contraire.

Bien sûr l’interclasse et un espace-temps qui pouvait nous détendre mais je trouvais que descendre et remonter les étages était fatiguant et une perte de temps impensable. Mais ma logique n’est pas la logique de l’administration.

 

Autres détails ; On ne porte plus de blouses, les cahiers ont presque tous disparu au profit de classeurs et la grande mode en dehors des mini jupes, des pattes d'eph et des teeshirt délavés  n’est plus au cartable les jours ou nous avons peu de cours,  mais à une sangle qui entoure tant bien que mal livres et classeurs. Je trouve cette mode peu pratique et je continue à transporter mon barda dans ce vieux cartable en cuir élimé aux angles qui me suit depuis toujours.

 

Autre détail et pas des moindres, en plus des leçons nous avons des devoirs à rendre. Ca j’aime pas ! J’aime pas mais je m’adapte. Difficilement mais je m’adapte.

 

Et, plus qu'un détail, les mathématiques pour la première année sont devenues modernes. Nous passions sans transition des trains qui se croisent, des baignoires qui fuient, du pourcentage de bénéfice de l'épicier, à des ensembles... Et si j'avais appris à contre cœur qu'on n'additionne pas des carottes et des navets,  raisonnement sur lequel je n'était pas d'accord puisque 2 carottes+3 navets+1pommes de terre sont bien égal a 6 légumes et qu'en plus il suffisait d'y rajouter 2 ou 3 ingrédients pour obtenir une soupe et même si je n'ai jamais obtenu gain de cause, reconnaissons au moins qu'on voyait bien concrètement  de quoi on parlait.

 

Mais pour les ensembles.... impossible d'en définir l'utilité dans la vie courante. D'ailleurs si une majorité d'élèves ni pipaient pas grand choses pour ne pas dire rien de rien, j'en avais déduit que la prof n'était pas mieux lotie puisqu'elle courrait sans arrêt de son manuel au tableau pour contrôler la justesse de ses affirmations avec des:

 les shadocks.jpg

 

-Heu je crois que... qui en disait long sur ses doutes.

 

Tom And Jerry Wallpapers 8.jpg
Avec les math modernes on était passé directement de Tom et Jerry aux Shadocks en essayant de nous convaincre que c'était fondamental.

Mais que reste-t-il aujourd'hui de ces belles théories? D'ailleurs au même titre que reste-t-il des Shadocks? A part pour une infime minorité de téléphiles? rien!...ou presque... Alors que Tom et Jerry sont toujours là, indémodables.

 

 

 

Premiers cours de français, première rédaction. Cette rédaction qu’on appellera trois ans plus tard dissertation, à pour sujet, je vous le donne en mille, pour ceux qui on lu la chronique précédente, ça ne s’invente pas,  Racontez votre rentrée des classes. Sauf que la prof de français, écrit son sujet à vitesse grand V devant nous directement sur la tableau sans application  en l’ânonnant syllabe par syllabe comme si cette prononciation musclée l’aidait à graver sa phrase plus profondément puisqu'elle insiste en la martelant comme une sauvage de la voix et à coups de craies sur son tableau vert  avant de la souligner de trois traits violents qui n’ont d’horizontaux que le nom et termine son show  par :

 

- Aller !  À midi je ramasse les copies

 

Avec toujours une heure pour raconter cette première matinée mais pas de cahier de brouillon juste cette double feuille à noircir directement comme des grands que nous ne sommes pas; je me lance sans prendre de recul dans la narration de ce premier jour et mon immersion dans un univers que je découvre. Je m’y lance, presque par mimétisme avec désinvolture. Racontant sans me relire à travers  une écriture à la limite du lisible qui me permet de masquer mes doutes sur l’orthographe de certains mots. J’obtiens un 12 inespéré.

 

Ma rédaction la plus mémorable date de la rentrée de l'année  suivante. Donnée en devoir elle était  à faire à la maison. Le sujet : Libre. En d'autres termes: Racontez ce que vous voulez mais racontez le bien. Coup de bol, l'année précédente nous étions partis quelques jours en juillet dans la Drome. Je raconterai donc mes vacances 69. J’en pondrais six pages en appliquant mes anciens concepts appris en primaire. D’abord brouillon et puis recopie. J’avais tant de jolies choses à raconter sur ces quelques jours dans une ferme en pleine campagne au milieu d'une famille que j’adorais. Et puis il y avait cette nuit inoubliable où avec mon père nous avions, impatients, attendu et vu en direct les premiers pas de l’homme sur la lune…

 

En rendant ma copie la semaine suivante j’étais sûr d’obtenir une bonne note ! Et  il m’arriva la pire des injustices. D’abord la note: 10 sur 20 ! Comment 10 ? Déjà en découvrant ce chiffre je devins rouge d'incompréhension et de colère. Une présentation impeccable, pas une seule faute d’orthographe, elle n’avait même pas pointé d’un coup de feutre rouge une tournure incongrue ou que sais-je. Comment 10 ? À la fin du cours je demandais poliment mais fermement des explications. Sans répondre à mes questions la prof me demanda mon carnet de correspondance et toujours en silence elle y écrivit :

 

Madame, je vous saurais reconnaissante de ne pas faire les devoirs à la place de votre fils  !!!

 

Ayant lu sa phrase au fur et à mesure qu’elle l’écrivait, en gardant le même silence qu'elle, je lui empruntais son stylo et dans la case Réponse j’écrivais :

 

Madame, Il n’y a plus de Madame au quotidien  dans la vie de williams depuis très longtemps et son père, grand sportif, n’est pas vraiment un littéraire. Je pense que ce que vous venez de lire est bien le fruit de son travail.

 

J'avais 14 ans et la phrase que vous venez de lire mot pour mot est exactement celle que j'avais écrite.

 

Le rouge de mes joues avait disparu migrant sur les siennes. Elle n’eut qu’un « Heu !... » Et alors que redevenu calme je me dirigeais vers la porte de sortie elle me lança :

 

- Attendez! Il faut qu’on parle…

- J’ai pas le temps madame, une autre fois !

 

Et je sortis en claquant la porte,  rajoutant, mais elle ne pouvait pas l’entendre:

 

-Va te faire foutre connasse ! 

 

Cet accroc devenu anecdote me rapprocha de cette prof de français avec qui j’eu, comme avec tous mes profs ou presque,  et de français en particulier, les meilleurs rapports, et même très souvent, une certaine complicité.

               

En dehors de l’école et maintenant du lycée, Tony et moi  étions inséparables. Au-delà de nos origines corses, nous habitions à un pâté de maisons l’un de l’autre, nous fréquentions la même bande de quartier, et  nous cumulions autant de points communs que de  différences.

  

Tony était un très beau garçon. Grand, mince, blond aux yeux bleus, gentil, avenant, presque le futur gendre  l’idéal. Pas totalement mon opposé mais presque. J’étais petit, costaud, brun aux yeux verts ,gentil mais pas très avenant ; je n’attirais pas les sympathies. J’avais l’habitude et je m’en accommodais. Si La solitude m’avait  longtemps lourdement pesé je m’en étais fait une amie et consciemment je rentrais dans le personnage qui ressemblait à ce que les autres pensaient que j’étais.

 

La complicité avec Tony se poursuivra tout au long de cette année très particulière comme si nous étions encore sur les bancs de monsieur Valent. Si les encriers et la plume Sergent Major avaient  fait place au stylo plume que je préférais  au stylo Bic, pour le reste, entre Tony et moi pas grandes différences. En anglais, durant les dialogues de « Betty and John » je lui soufflais les réponses avant de lui poser les questions et inversement. Mais ce duo de cabaret aura ses limites.

 

Tony n’était pas un mauvais élève il était même très intelligent mais il n’avait plus  envie. Moi je pouvais être un excellent élève mais je me laissait aller à la facilité et cumulait les bêtises jamais graves, mais assez pour que  les convocations à répétition  atteignent la  menace d’exclusion.

 

Apres la cinquième  Tony quitta le lycée pour préparer un cap de plomberie qu’il réussit et exerca ce métier durant quelques années avant de s’engager dans la gendarmerie où il fit une brillante carrière.

 williams et son pere.jpeg

Et moi, assagis, toujours large d’épaules mais à l’allure plus élancée, après une hésitation devant la porte de l'école des mousses de st Mandrier, de rentrée en rentrée, devenu un élève moyen et sans convictions atteignant juste la moyenne utile pour passer dans la classe supérieure; je poursuivrais seul mes années d’études.  Avec, dans mon ombre un panel très hétéroclite, de fréquentations limite zone rouge mais qui avaient d'abord été mes amis d'enfance et que m'importait si leur trajectoire avait dévié,  je ne les  reniais pas.  Et une vie sociale et familiale totalement déconnectée de la normale des gens bien comme il faut.

 

C’est en classe de quatrième que je vis le regard de mon père s’obscurcir comme jamais le jour où je lui annonçais que je voulais devenir journaliste et dans la foulée artiste. J’ai bien cru que le ciel lui était tombé sur la tête. Il n’eut d’abord aucune réaction et puis autant il accepta sans trop rechigner mais sans enthousiasme débordant   le côté Rouletabille et Tintin réunis, autant l’Artiste ne passait pas.

 

Malgré tout, quelques années plus tard,  ses yeux s’écarquillèrent en découvrant ma signature au bas de mes premiers articles et devinrent éblouissants le jour où il lut en caractère gras dans la têtière de mon premier journal; Directeur de la publication : Williams Franceschi. Ce jour-là son orgueil de père atteignit son zénith et mon bonheur de le voir ainsi incommensurable.

 

dibujos-de-amor-para-mi-novia-1.jpgC’est en classe de quatrième, juste à la sortie des cours vers 17h dans un froid sibérien  que les yeux d’une jeune fille venue chercher sa sœur croiseront les miens. Elle était là,  un grand sac de toile  en bandoulière, les mains au chaud  cachées dans ses poches, emmitouflée dans un long manteau de laine qui ne laissait apparaitre  au-dessus de son écharpe qu’une tête blonde aux fines boucles. J’étais là, presque statufier tout en haut de l’escalier ma main  soudée à la rampe.  J’avais arrêté mon pas et le temps.

Figé mais conscient, je ne savais plus si mon cœur battait trop vite ou s’il s’était simplement arrêté. Un faisceau magique passait du bleu de ses yeux au vert des miens et inversement comme si plus rien n’existait que nous. Nous étions deux personnages en couleur ou milieu d’un film en noir et blanc dans lequel tout bougeait, sauf nous, en arrêt sur image.

Ainsi va la vie

 

(A suivre…)

 

Williams Franceschi



24/09/2017
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