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Ainsi va la vie… épisode n°48 : LE JARDIN DES SOUVENIRS… et leurs lieux magiques

 

img034.jpgAu jardin de nos souvenirs ; On a tous… comme l’avait écrit Yves Dessca pour Séverine « Un banc un arbre ou une rue où l’on a bercé nos rêves… »

 

 Il y a toujours des lieux dont on se souviendra éternellement. Des lieux d’enfance le plus souvent. Des lieux dont les images en noir et blanc, sépia ou couleurs nous apparaissent   sans effort comme si on y était encore; les couleurs, la lumière, l’atmosphère, les gens… la caresse du vent sur nos visages, les senteurs de foins coupés, d’herbe mouillée par la rosée du matin, ou la simple odeur de café qui nappait la cuisine.

 

Si à l’occasion d’un déplacement nos routes nous rapprochent de ces endroits on prétextera n’importe quelles raisons, vraies ou fausses, pour y retourner ne serait-ce qu’un instant. Nous  avons un insatiable besoin de ce retour dans le passé pour nous ressourcer. Parfois aussi,  pour nous rendre compte que  la carte postale teintée des couleurs de la nostalgie n’était pas aussi rose que notre mémoire veut bien la laisser paraître. Notre mémoire est sélective ; elle  gardera  les images les plus précieuses pour oublier les pires.

Nous n’avons rien oublié en réalité mais provisoirement nous occultons pour ne voir que ce que nous voulons bien voir.

 

Le quartier de mon enfance, dont je vous ai déjà vaguement parlé, n’avait rien d’exceptionnel mais c’était mon enfance. Ses rues aujourd’hui me paraissent bien étroites. Le  chemin que je parcourrais avec mon grand-père pour aller à l’école je l’ai refait maintes fois et à chaque fois je ressens la même émotion.

Sur ce parcours ; la boulangerie où j’achetais un petit pain pour manger à la cantine, le pain n’était pas compris dans le repas, existe toujours. La minuscule papeterie rose, où mon grand-père m’offrait  des bonbons quand j’avais été sage, mais sage je l’ai compris très vite voulait simplement dire sans l’avouer ; si j’ai des sous. Et comme nous ne roulions pas sur l’or les bonbons c’était; quand il avait touché sa pension. La petite papeterie par miracle n’a pas changé  et en revenant de ce pèlerinage, à l’approche de la fontaine au coin de la place qui borde l’école maternelle, je ferme les yeux et je revois ce grand homme mince avec sa veste et son pantalon de velours côtelé, son béret basque et ses grosses lunettes en écaille marchant devant moi d’un pas décidé, pour me montrer l’exemple, qui devenait fébrile dès qu’il ne sentait plus le poids de mon regard.

 

En parlant de lui je disais pépé Louis. C’est étrange parce que je n’avais besoin de  le différencier d’avec aucun autre pépé. C’était mon pépé. Et heureusement que je l’ai eu. Il est parti a 70 ans et voyez comme les choses changent ou le monde  évolue, c’était un très vieil homme. Aujourd’hui j’ai des amis du même âge qui en paraissent  quinze de moins et pétent le feu. J’y pense souvent, le temps n’efface rien, il me manque.

 

Ces lieux de la nostalgie et du souvenir jalonnent notre existence. Si parfois nous en parlons c’est un peu dans le vide car qui pourrait réellement comprendre ce que nous ressentons vraiment.

 

15672727_1462329030451652_1586616454076041137_n.jpgLes ports contrairement aux plages ou aux calanques en plus de la vie qui y grouille dégagent une odeur très particulière.  Une odeur de sel, de cordes, de bois, de carburant, de toile, de poisson, de filets... des odeurs que l’on pourrait séparer mais qui n’en forme qu’une comme un savant parfum.

Les ports qu’ils soient de plaisance, marchand ou de guerre  dans leurs maillages de bateaux petits ou gigantesques m’ont toujours fait rêver de voyages.

 

Petit, après l’école, je trouvais toujours sur le port de Toulon pour quelques pièces bien légères un petit boulot ou plutôt un petit service à rendre qui suffisait à mon argent de poche et je rêvais sur les mots de la chanson d’Aznavour …Un beau jour sur un rafiot craquant de la coque pont … Pour partir je travaillerai dans le soute à charbon. Je rêvais mais mon vrai rêve était ailleurs.

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Il y a quelques semaines, comme chaque fois que ça m’est possible, je suis retourné me promener sur ce lieu magique de ma jeunesse. Je me suis arrêté devant la statue du génie de la navigation que tout le monde surnomme Cul-vers-ville ; non pas en hommage à  l'amiral Jules de Cuverville mais simplement parce que le doigt pointé vers l’horizon il montre son cul à la mairie et à la ville.

 

Sur ce carré du port j’ai revu les yeux bleus de mon père, un bleu indéfinissable et sublime  entre ciel et mer par grand soleil, j'ai revu ses yeux s’embuer de larmes contenues lorsqu’il me racontait, qu’il était assis là, les jambes ballantes  dans le vide et les pieds à fleur d’eau lorsque la flotte françaises s’est sabordée dans la rade.

Ces images, qui dans ses yeux d’enfant de six ans auraient pu ne ressembler qu’à un gigantesque feu d’artifice, l’ont profondément marqué.  Mainte fois il m’a justifié ce lourd sacrifice en reprenant les propos de l’amiral Darlan.  Je revois ce regard si clair et si vif à la fois tandis que d’un doigt rageur il pointait le porte-avion img059.jpgClemenceau pour me dire :

« La plus grande marine du monde c’est la royale… La marine française... Les anglais aussi sont de grands marins mais… » Et s’il n’ajoutait rien au bout des points de suspension, je sentais bien que cet aveu lui coutait beaucoup.

 

Son amour immodéré  pour la France a-t-il débuté ce 27 novembre 1942 ? La France dont le champion  qu’il fut par la suite en a souvent  défendu les couleurs. Mon père sur cette période Ho combien difficile et sur cette ville qu'il aime tant est une véritable encyclopédie vivante et de tout ce qu'il a pu me raconter dans les moindres détails je n'ai rien oublié. Merci papa!  

 

Encore des souvenirs plus amusants toujours sur ce port ou plutôt un film dont j’étais l’un  des jeunes acteurs s’est projeté sur l’écran de  ma mémoire. Enfant je faisais occasionnellement parti de ces bandes de minots qui ressemblaient à s’y méprendre aux enfants de « la guerre des boutons » et s’appelaient des Railles. Si le mot « minot » subsiste encore les « Railles » telles que je les ai connues ont totalement disparu. Je vous conseille néanmoins, si ce sujet vous intéresse le film ou le livre  de Jean Rambaud : « Adieu la raille » sorti en 1964.

 

En ce temps-là  la  marine américaine faisait régulièrement escale dans la rade de Toulon. Qu’ils fussent matelots avec leurs bobs et leurs pantalons blancs à pattes d’eph ou MP repérables à leurs tailles ; ces Tafs, qu’on surnommait affectueusement : Les Amerlocs, (le diminutif  ricains n’en déplaise à Michel Sardou nous étant à l’époque totalement inconnu), étaient généreux et extrêmement gentils.

 

Dans un yaourt qui n’avait d’anglais que l’accent  on leur demandait de jeter des pièces à la mer et après une course d’élan  sur le marbre du quai nous plongions pour aller les récupérer  dans les fonds vaseux et quelques rares fois, par chance ou par habitude, juste avant qu’elles n’atteignent ce fond horrible au touché  ce qui demandait une technique de rapidité, de plongeons pénétrants et surtout une acuité visuelle irréprochable.

 

 Ce jeu qui ne durait que très peu de temps à des heures précises, ne se faisait qu’avec les marins de la Navy car si les enfants de l’oncle Sam jetaient des cents, mais souvent des dollars, une fortune à l’époque, les quelques touristes qui parfois y participaient nous gratifier de pièces de 5 francs  soit 5 centimes en aluminium. Pièces grosses, légères qui coulaient moins vite mais permettaient tout juste l’achat un carambar.  

 

Plus nous plongions, plus en 17238674_2090055794554325_141853135_n.jpgremontant sur le quai, nos corps dégoulinants mouillaient le marbre de la promenade et le rendaient plus glissant, et nos courses d’élan plus dangereuses encore. Je me souviens  de quelques gamelles cuisantes avant d’atteindre le bord du quai.

 

 Ce petit jeu était strictement interdit mais par la force de l’âge nous courrions plus vite que la police qui, je l’ai compris bien plus tard, jouait les méchants par obligation mais ne nous auraient certainement jamais amendé. En plus, l’eau d’un port avec ces auréoles de pétrole en surface n’était pas sanitairement à recommander ; pourtant je n’en suis pas mort.

 

Je voulais vous parler des lieux et j’ai dévié sur des souvenirs. Mais les endroits qui nous ont marqués ne le furent-ils pas aussi par la vie que nous y avons vécue ? Evidement.

Ainsi va la vie…

 

(A suivre…)

Je vous embrasse

 

Williams

 

Et comme de coutume maintenant quelques photos d'Amis

Karine...Corine...Patricia... Elisa... Franck... Agnès...Christian... Mylène... Sarine... et parmi les marins plus haut dans l'article Martial.. 

 

17191216_1772734919711083_8760357290814459110_n.jpgCorine Soulignac.jpg
13164427_1001680726584028_9199514511371932907_n.jpgPatricia Dubreuil.jpg


 

Franck Bersot.jpg

 

 

 

 

 

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10/03/2017
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